Avocate autochtone de renom et bâtisseuse de ponts : Kathleen Lickers reçoit la Médaille du Barreau 2018

Posted: 05/15/2018

Kathleen LickersKathleen Lickers : Admise au Barreau en 1995, Kathleen Lickers, Seneca des Six Nations de Grand River, est largement reconnue pour son travail en affaires autochtones. Elle a été membre du conseil d’administration de l’Association du barreau autochtone du Canada et ses pairs reconnaissent en elle un modèle pour la jeunesse autochtone.

Me Lickers est réputée pour ses conseils experts et comme négociatrice accomplie entre les organismes autochtones, les gouvernements des Premières Nations et les ministères fédéraux et provinciaux. Elle est actuellement coprésidente du Groupe consultatif autochtone au Barreau de l’Ontario et elle est fréquemment sollicitée pour ses talents de médiatrice dans des négociations multipartites.

Que signifie ce prix pour vous ?

« Je suis vraiment impressionnée que la profession prenne un moment pour dire “nous vous voyons, nous vous reconnaissons.” Nya:weh (merci). Dans ma communauté, on dit qu’un bâton tout seul se casse facilement, mais lorsqu’il est combiné avec d’autres, il est renforcé. Je suis une professionnelle du droit et beaucoup d’autres me renforcent. »

La septième de huit enfants, Me Lickers a été élevée dans sa communauté des Six Nations de la rivière Grand. Avant de terminer son baccalauréat à l’Université Western Ontario, elle savait qu’elle voulait faire une contribution positive à sa communauté. Grandissant en étant consciente des préjugés et des stéréotypes issus de l’ignorance, elle a aussi été profondément consciente des injustices.

Avoir un diplôme en droit et devenir avocate lui donnerait au moins les compétences et les outils nécessaires pour faire une différence positive ; cela allait cultiver et allumer sa plus grande passion : bâtir des ponts.

Pour Me Lickers, l’expérience révèle que lorsque la volonté de l’un se plie complètement à celle d’un autre, il n’en résulte que du ressentiment. Le chemin le plus difficile exige une recherche mutuelle de meilleurs résultats pour les deux ; il exige que chaque partie soit prête à comprendre véritablement les problèmes et les préoccupations de l’autre, non seulement écouter, mais comprendre.

Même si elle exerce le droit depuis près de 25 ans, Kathleen ne croit pas qu’elle ait encore vécu sa « plus grande réussite ». Elle a vécu de nombreuses expériences tout au long de sa carrière en tant qu’avocate salariée puis avocate d’une commission d’enquête fédérale. Créée en 1991, la Commission des revendications des Indiens incarnait un consensus entre les Premières Nations et le gouvernement fédéral et demeurait la seule amélioration institutionnelle post-Oka au Canada à traiter les revendications particulières en suspens jusqu’en 2008.

La jurisprudence canadienne a reconnu aujourd’hui ce que la Commission des revendications des Indiens a compris au moment de sa création : l’histoire orale d’une Première Nation liée à sa revendication est un élément important de tout processus de revendication.

L’un des principes permanents de la Commission était sa dépendance envers les membres de la communauté pour compléter et équilibrer le dossier documentaire mis à la disposition des parties. En tant qu’avocate, Me Lickers assurait le traitement équitable et respectueux de chaque témoin des Premières Nations devant la Commission. Elle se plait à penser qu’elle a assumé cette responsabilité avec confiance et intégrité.

Kathleen croit que les Premières Nations ne sont pas seulement des témoins de leurs traditions orales, mais qu’elles sont les gardiennes du savoir de cet ordre juridique profond. Elle croit également que la profession juridique de cette province a beaucoup à apprendre de la communauté autochtone et, en particulier, de ses traditions juridiques.

Elle explique que lorsque la toute première Loi sur les Indiens du Canada a été créée en 1876, des systèmes entiers et des peuples ont été déplacés. La loi a rendu incongru d’être à la fois un Indien inscrit et un professionnel. Pour être médecin, avocat ou ecclésiastique, la loi obligeait l’Indien à s’émanciper. Le grand-père de Kathleen, Norman Lickers, entra à l’école de droit pour devenir l’un des premiers Indiens inscrits en Ontario à être admis au Barreau à Osgoode Hall en 1938.

Sa carrière allait chevaucher l’histoire lorsque le Canada a introduit une nouvelle disposition dans la Loi sur les Indiens en 1927, empêchant les bandes de payer les honoraires d’un avocat au comité mixte spécial de la Chambre et du Sénat qui superviserait l’abrogation de cette disposition en 1951.

Malheureusement, son grand-père a perdu son permis d’exercer la même année et n’a jamais parlé de sa profession à Kathleen. Elle ne connaissait pas sa carrière juridique et il est décédé en 1987, sans jamais savoir que sa petite-fille suivrait ses traces. Le cher ami et collègue de Kathleen, le regretté Jim Prentice, a publiquement fait remarquer : « Une fois qu’un grief historique expose une iniquité, la justice est inévitable. Peut-être sera-t-elle faite rapidement, peut-être sera-t-elle faite lentement, mais la justice est néanmoins inévitable, car la démocratie est régie par la règle de droit, et il n’y a au final nulle part où se cacher. »

Datant de 1985, la Médaille du Barreau est un honneur décerné par le Barreau du Haut-Canada aux membres ayant contribué à la profession de façon significative.

Cette année, 10 membres exceptionnels des professions juridiques recevront des prix du Barreau le 23 mai.