Éthique et déontologie : panel du Congrès de l’AJEFO 2019

Posted: 08/12/2019

– Geneviève Proulx

Dans le cadre du quatrième panel du Congrès de l’AJEFO, les présentateurs ont fait un tour d’horizon de différents aspects de la santé mentale et de la compétence culturelle. Voici ce qui en est ressorti.

Santé mentale

Nous devons tous être sensibles aux questions de santé mentale chez les étudiants et étudiantes en droit et dans la profession. On constate une anxiété grandissante chez les étudiants lorsqu’ils et elles se rendent compte par exemple que leurs méthodologies ne sont pas performantes et lorsqu’ils se retrouvent dans la course au stage. Les services de counseling ont noté une augmentation des tentatives de suicide quand les étudiants ne reçoivent pas d’appel pour un stage. Ces derniers souffrent des processus de classement, d’un sentiment d’isolement lorsqu’ils quittent leur milieu et parfois d’un sentiment d’incompétence face au français. Heureusement, les universités mettent des services à la disposition de leurs étudiants comme des services de mentorat, de bénévoles, de zoothérapie et même de coloriage. Y a-t-il des limites à l’élaboration de mécanismes d’adaptation ? Le nombre d’étudiants avec des problèmes d’anxiété a augmenté de façon notable au cours des cinq dernières années. Les universités et le Barreau fournissent de nombreuses mesures d’adaptation aux examens, mais on peut se demander comment le marché accommodera ces futurs travailleurs et comment faire pour renforcer la résilience des étudiants. Un des moyens de réduire l’anxiété serait de se déconnecter des appareils. Cependant, il devient de plus en plus difficile de se déconnecter quand les universités encouragent les jeunes à faire le contraire.

Le traitement de la santé mentale par le Tribunal du Barreau

Le Tribunal du Barreau est très ouvert en termes de mesures d’adaptation pour les personnes handicapées, qu’il s’agisse d’appareils d’enregistrement, d’interrogatoires par écrit, de salle d’audience sans odeur ou d’animaux de service. De plus, la santé peut être une défense complète contre une allégation de manquement professionnel ou du moins, une circonstance atténuante pour la sanction. Le Tribunal offre des mesures d’adaptation dans les instances qui consistent par exemple à ralentir le rythme, prendre plusieurs pauses, faire preuve d’empathie tout en fixant des limites, maintenir un ton ferme mais compréhensif, parler directement à la personne et enfin, ne pas présumer avoir compris, mais plutôt vérifier ce qui a été exprimé. À noter que vous pouvez consulter cette présentation, comme toutes les autres, sur le site de pratiquO.

Préjugés inconscients

Nous avons tous des préjugés explicites. Si vous faites une recherche sociologique, vous chercherez des étudiants qui ont certaines qualités propres à la recherche sociologique. Cependant, les préjugés implicites sont pernicieux. Ils se fondent sur des attitudes, des stéréotypes et des idées reçues. Les conditions de travail favorisent généralement les hommes dans la profession juridique, ce qui contribue à ce que les femmes quittent la profession. On juge beaucoup les femmes sur l’apparence physique. Une étudiante s’est fait dire qu’elle serait meilleure oratrice si elle souriait plus ! Des femmes noires se font dire qu’elles devraient se défriser les cheveux pour être prises au sérieux.

Même les personnes attachées à l’égalité réelle vont avoir des préjugés inconscients. Une étude a démontré le pouvoir des associations implicites : on a montré une photo d’un homme noir qui tenait un objet quelconque, mais la majorité des gens testés ont « vu » un révolver. C’est ce qui est arrivé à un jeune Noir abattu par la police dans le jardin de sa grand-mère aux États-Unis avec un cellulaire à la main.

Une étude récente menée auprès de cabinets d’avocats de New York est particulièrement pertinente. Nextions, un cabinet d’experts-conseils, a recruté cinq avocats dans différents cabinets d’avocats de New York pour rédiger une note de recherche sur les questions de propriété intellectuelle relatives aux secrets commerciaux. Nextions a ensuite inséré 22 erreurs délibérées dans la note de recherche. Nextions a créé deux versions différentes de la note. Dans une version, l’auteur a été identifié comme étant Thomas Meyer, un avocat blanc, employé depuis trois ans et diplômé de la faculté de droit de NYU. L’autre version identifiait l’auteur comme étant Thomas Meyer, un avocat noir, employé depuis trois ans et diplômé de la faculté de droit de NYU.

Mis à part la description de l’auteur, les notes de service étaient identiques et contenaient les mêmes 22 erreurs délibérées. Ces notes de service ont été envoyées à 60 associés différents de cabinets d’avocats new-yorkais qui ont accepté de les évaluer pour établir « la compétence rédactionnelle des jeunes avocats ». Les résultats de l’étude sont frappants. Lorsque les associés qui ont examiné la note de service ont perçu Thomas Meyer comme étant noir, ils ont systématiquement noté un plus grand nombre d’erreurs dans la note de service et ont attribué à celle-ci une note globale plus faible pour sa compétence en rédaction que lorsque l’auteur était perçu comme étant blanc.

Les examinateurs ont également trouvé plus de fautes d’orthographe que lorsque la note a été identifiée comme rédigée par Thomas Meyer le « blanc ». Plus précisément, la même note de service a obtenu une note moyenne de 3,2 sur 5,0 pour la compétence en écriture de Thomas Meyer le « noir », tandis que Thomas Meyer le « blanc » a obtenu une note moyenne de 4,1 sur 5,0. De plus, les commentaires qualitatifs sur la note de service étaient toujours plus positifs pour la version prétendument rédigée par l’avocat blanc que pour celle rédigée par l’avocat noir.

Outre la race, on trouve aussi des dynamiques genrées dans les professions juridiques. Les avocates sont souvent vues comme des adjointes, même lorsqu’elles sont des associées. On a remarqué qu’elles se font interrompre quatre fois plus que les avocats. Pour parer à ces problèmes, il est bon d’avoir un mentor, de comprendre les effets des préjugés et de cultiver des alliés au niveau de la direction des cabinets. On peut dénoncer ces écarts au respect avec une dose d’humour ou de façon plus directe. Il faut aussi opérer des changements institutionnels et encourager le travail pro bono auprès des communautés minoritaires défavorisées. Enfin, les formateurs doivent être reconnus par rapport à leur paie, aux heures reconnues, etc.

Diversité et inclusion au programme de pratique du droit (PPD)

Les responsables du PPD ont mis en place des stratégies pour conscientiser leurs participants à la diversité et à l’inclusion, et pour les préparer à l’avenir dans le marché du travail. En général, si un employé ne se conforme pas à la culture du milieu, il pourra se sentir exclu. En effet, on sait que les employés qui n’adoptent pas la culture de la majorité et ne participent pas aux activités sociales ou ne consacrent pas toutes leurs heures personnelles à leur travail peuvent être ostracisés. Cependant, la société n’est plus homogène et il y a de gros efforts à faire pour assurer une représentation complète. Il faut développer des outils pour y arriver. Il n’y a pas encore de plan parfait pour remédier à toutes les incidences de préjugés inconscients, mais il faut continuer de faire un effort continu.

Le Programme d’aide aux membres (PAM)

Le Barreau collabore avec le Programme d’aide aux membres pour offrir sans frais à tous ses membres des services confidentiels de counseling, de documentation sur la santé et le mieux-être et pour savoir bien prendre soin de soi-même. Assurez-vous de les consulter.

Geneviève Proulx est conseillère en services en français au Barreau de l’Ontario. Mme Proulx est responsable de la traduction et de la communication en français au sein de la Direction des relations extérieures et de la communication.