Les membres du premier groupe de parajuristes à obtenir un permis du Barreau reviennent sur la première décennie de règlementation

Posted: 06/07/2018

Voilà 10 ans que l’Ontario a mis en œuvre la règlementation de la profession parajuridique. Cependant, le nombre de parajuristes autorisés a quasiment quadruplé*, et continue de croitre.

Pour souligner ce jalon important, la Gazette a interviewé deux pionnières parajuristes de l’Ontario, les conseillères du Barreau Cathy Corsetti et Michelle Haigh, pour avoir leurs perspectives sur cette décennie de règlementation et sur l’avenir de la profession.

Pour développer cette conversation, nous avons récemment contacté d’autres parajuristes, dont quatre qui faisaient partie du tout premier groupe à obtenir leur permis du Barreau.

Voici ce qu’ils avaient à dire (leurs réponses ont été légèrement modifiées pour plus de clarté et de concision.)

À quoi ressemblait la profession de parajuriste avant la règlementation en Ontario ?

Dawn Burke

Dawn Burke

Dawn Burke (procureur municipal, Ville du Grand Sudbury, Sudbury, Ontario) : Avant la règlementation, la qualité de la représentation parajuridique était très variable. Essentiellement, n’importe qui pouvait s’établir et se faire appeler parajuriste.

Sans renseignements précis et réponses honnêtes, un client avait de la difficulté à déterminer si un représentant potentiel était compétent ou s’il savait simplement bien parler. Je ne dis pas qu’il n’y avait pas de parajuristes compétents et réputés à l’époque. Cependant, il y en avait aussi beaucoup qui ne l’étaient pas et, par conséquent, les membres du public ainsi que la réputation de la profession à l’époque ont grandement souffert de cette situation.

Stephen Parker

Stephen Parker

Stephen Parker (président, Ontario Paralegal Association ; Brampton, Ontario) : C’était un peu le « Far West », avec quelques personnes menant des pratiques retorses à l’intérieur et à l’extérieur de la salle d’audience. Les « agents », comme on se faisait appeler, étaient tolérés dans la plupart des tribunaux d’infractions provinciales, où la majorité travaillait.

Un bon nombre d’entre eux comparaissait devant les cours criminelles ; certains d’entre eux avaient beaucoup de succès et étaient reconnus par la magistrature comme étant plus que compétents. D’autres, pas tellement.

Les cours des petites créances ont aussi vu comparaitre beaucoup d’agents. Encore une fois, certains étaient acceptés comme étant compétents. Il y avait aussi beaucoup de travail dans le domaine du droit de la famille, principalement pour remplir des formulaires. Cela s’est brusquement terminé avec la règlementation.

Quels ont été les plus grands défis de la dernière décennie ?

Mohammed Jacquesson (pratique privée ; Ajax, Ontario) : La  compréhension du public de ce qu’est un parajuriste demeure parmi les plus grands défis. Le public comprend mieux le travail des parajuristes au fil du temps, mais il continue d’y avoir une légère hésitation à retenir un parajuriste.

Gary Parker (pratique privée ; Brampton, Ontario) : La discrimination a été un défi – pour les membres du barreau, les agents de police et la sécurité dans les palais de justice et à la magistrature. La situation s’est considérablement améliorée au fil des ans, mais il reste encore du chemin à parcourir.

Qu’aimeriez-vous voir  amélioré ou changé au cours des 10 prochaines années ?

Mohammed Jacquesson : J’aimerais que le public soit plus sensibilisé à la profession de parajuriste et aux avantages que nous offrons. J’aimerais que davantage de cabinets d’avocats utilisent des parajuristes lorsque nous représentons des clients dans le cadre de notre champ d’exercice, au lieu d’utiliser les parajuristes comme simple commis ou assistant juridique.

Gary Parker : J’aimerais que les parajuristes soient reconnus comme officiers de la cour. J’aimerais voir des champs de pratique s’ouvrir, comme le droit de la famille. J’aimerais que le personnel du tribunal traite les parajuristes avec plus de respect ; c’est toujours un problème dans beaucoup de tribunaux. J’aimerais voir une certification de spécialiste et j’aimerais voir une meilleure formation pour les parajuristes en litige.

Dawn Burke : Je voudrais voir une amélioration continue dans le programme d’études parajuristes. C’est à travers une éducation de qualité et une expérience pratique que la qualité de la représentation parajuridique continuera d’être élevée. Je crois que l’élargissement de la portée de la pratique parajuridique est bénéfique pour le public, sous réserve d’une éducation appropriée et d’une compétence démontrée. Je suis également d’avis que l’expansion de la portée serait bénéfique pour la profession de parajuriste.

Quel est votre conseil pour les nouveaux parajuristes ?

Mohammed Jacquesson : Les exigences de ce domaine peuvent être parfois écrasantes, mais la constance et la compétence se traduiront par une expérience enrichissante.

Gary Parker : N’ayez jamais peur de poser des questions et n’arrêtez jamais de lire !

Dawn Burke : D’abord, n’arrêtez jamais d’apprendre. Deuxièmement, si vous vous lancez dans cette profession parce que vous pensez que c’est un moyen facile d’accumuler une fortune, vous devriez reconsidérer et peut-être trouver une autre profession. Et troisièmement, quand vous êtes prêt à pratiquer, trouvez votre chemin. Trouvez ce qui rend unique dans votre pratique et foncez !

Stephen Parker : Souvenez-vous du dicton « qui trop embrasse mal étreint ». Trouvez un domaine de pratique qui vous intéresse vraiment et devenez le meilleur dans ce domaine. Regardez, écoutez et apprenez. Ne cessez jamais d’apprendre.

*2 283 parajuristes (Rapport annuel du Barreau 2008) ; 8 722 (au 31 décembre 2017)