L’imagination, l’identité et la réconciliation dans le discours d’assermentation de la juge Sandra Nishikawa

Posted: 03/13/2018

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Dans un discours sincère, à la fois personnel et philosophique, la juge Sandra Nishikawa a parlé du parcours sinueux et de son réseau de soutien qui l’a menée à son nouveau poste à la Cour supérieure de justice de l’Ontario.

Elle a été officiellement nommée juge le 19 janvier 2018. La cérémonie d’assermentation a eu lieu le 15 février.

Avant sa nomination, la juge Nishikawa était avocate à la Commission ontarienne des droits de la personne. Ella a été élue conseillère au Barreau en 2015 et a agi comme vice-présidente du Comité sur l’équité et les affaires autochtones.

La juge Nishikawa a commencé son discours en reconnaissant les territoires traditionnels des Mississaugas de New Credit. Elle a ensuite félicité le juge sortant Todd Archibald, à qui elle succède, d’être devenu juge surnuméraire.

« Il y a une partie de moi qui n’arrive toujours pas à croire que cela se soit produit, a déclaré la juge Nishikawa dans son allocution. Devenir juge dépasse de loin tout ce que je pouvais imaginer. »

Son discours était imprégné de ce sentiment d’émerveillement mêlé à la reconnaissance de l’improbabilité de son cheminement de carrière.

[Trad.] On dit à certains enfants qu’ils peuvent être tout ce qu’ils veulent. Ils rêvent de devenir des athlètes professionnels, des astronautes ou des entrepreneurs. Cependant, ayant grandi dans un quartier ouvrier et immigrant de Rexdale, je n’ai jamais trop subi le fardeau de cette idée accablante.

Mes aspirations étaient plus terre-à-terre. On m’a enseigné que je devrais avoir un travail stable pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille, et ne pas être un fardeau pour la société. Il fallait donc obtenir une éducation. Contrairement à mes parents qui ont grandi dans le Japon d’après-guerre et qui n’ont pas eu l’occasion de poursuivre des études supérieures, j’ai eu la chance d’être au Canada et d’avoir une famille qui pouvait m’offrir des études universitaires. On m’a d’abord suggéré de devenir enseignante ou pharmacienne.

Elle a dit qu’être une minorité visible, soit canado-japonaise, a façonné ses expériences et ses perspectives, et a influencé ses choix de domaines de droit — l’inclusion et l’équité.

[Trad.] Bien que je n’y pensais pas de cette façon à l’époque, je me demande si je me suis retrouvée à vouloir améliorer l’équité et l’inclusion dans la profession juridique à cause de ma conscience inhérente de la tragédie qu’une personne soit limitée, non par sa capacité, mais par des circonstances et des obstacles hors de son contrôle, et de la perte qui en résulte pour la société.

C’est en m’engageant dans ce travail que j’ai rencontré les personnes qui ont le plus influencé ma carrière et que j’ai fait l’expérience de ce que la profession juridique a de mieux à offrir. Nous avons œuvré pour une profession juridique plus inclusive comme un moyen d’améliorer l’accès à la justice pour tous.

En reconnaissant l’impact et l’importance de son éducation et de son sens de l’identité, la juge Nishikawa a parlé de l’impact de la colonisation sur les peuples autochtones du Canada, indiquant comment elle pourrait poursuivre son travail sur les questions autochtones au sein du système judiciaire canadien.

[Trad.] J’ai acquis cette conscience en constatant beaucoup trop tard dans ma vie le déni et l’effacement général chez les enfants et les peuples autochtones de leur culture. Avoir la sécurité et la confiance de sa famille et de sa culture est une valeur incommensurable, d’en être privé est un mal incalculable. L’impératif de la réconciliation, c’est que nous devons tous contribuer à rétablir cela chez les peuples autochtones.

Le discours de la juge Nishikawa a fait état d’une profonde gratitude envers ses amis, ses collègues, ses mentors, les membres de sa famille et surtout ses parents. Paul Schabas, trésorier du Barreau, les conseillers Julian Falconer et Raj Anand, ainsi que la conseillère émérite Beth Symes ont reçu une mention spéciale. Elle a salué la conseillère Dianne Corbière, sa présentatrice à la cérémonie, comme étant quelqu’un qui « nous oblige à réfléchir à la justice de façon nouvelle et qui attend patiemment que le reste d’entre nous se rattrape ».

Elle a terminé en réitérant le pouvoir et l’importance de l’imagination dans l’appareil judiciaire.

[Trad.] Peut-être que cet exercice d’imagination a une certaine pertinence dans l’évolution de la loi et de notre système de justice, qui évolue progressivement, avec le temps, avec l’expérience, la perspicacité et parfois l’imagination. Tout cela pour mieux améliorer l’égalité, l’accès à la justice et la réconciliation pour toute la population de l’Ontario.

Lisez le texte entier de son discours ici.