Me Fiona Sampson parle de sa carrière, de l’importance de la défense des droits de la personne et des possibilités de justice pour les femmes

Posted: 02/22/2019

22 février 2019

Me Fiona Sampson est lauréate du Prix du Barreau pour les droits de la personne de 2018. Elle est une défenseure exceptionnelle et très respectée des droits des survivantes de la violence sexuelle au Canada et ailleurs. Avocate en droits de la personne avec un doctorat en droit de l’égalité des femmes, elle a consacré sa carrière à défendre des communautés des Premières Nations, des réfugiés, des personnes handicapées et des victimes de violence sexuelle.

Me Fiona Sampson est cofondatrice et directrice générale de EQUALITY EFFECT, un organisme de bienfaisance sans but lucratif qui s’appuie sur le droit international en matière de droits de la personne et sur des projets créatifs de représentation juridique pour opérer des changements systémiques. En reconnaissance de son travail, Me Sampson a été nommée Ashoka Fellow en 2013 et a été nommée parmi les 25 avocates les plus influentes au Canada et une des cinq meilleures dans le monde par Canadian Lawyer magazine en 2014, et une des 50 « Global Heroes » qui travaillent pour mettre fin à la violence contre les enfants. Elle a été nommée membre de l’Ordre du Canada en 2015 et elle a reçu un doctorat honorifique de l’Université Trent en 2017 pour son travail en droits de la personne.

Nous avons parlé avec Me Fiona Sampson de son prix, de sa carrière et de l’urgence du travail sur les droits de la personne.

La conversation ci-dessous a été révisée à des fins de concision et de clarté.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans le travail en droits de la personne ?

À partir du moment où j’ai été capable de parler, j’ai été très motivée pour combattre l’injustice. Je suis née victime de la thalidomide et, dès le début, j’ai appris à vivre en dehors de la norme et j’ai vécu des expériences de stigmatisation, de discrimination et d’inégalité. Je me souviens à trois ou quatre ans de m’être indignée par les désavantages que j’éprouvais, même les désavantages légers. En vieillissant, ces expériences sont devenues plus intenses. Je me souviens que ma mère me tenait la main et me soutenait, mais aussi à quel point elle était surprise que je résiste aux traitements négatifs. Je pense que mon ADN était programmé pour que je me batte contre les expériences négatives de discrimination [rires]. J’ai eu une équipe formidable de personnes qui m’ont soutenue dans mon travail depuis mes débuts et je repense à ma mère qui me tenait littéralement la main.

Quelle est l’influence de votre mère sur la personne que vous êtes devenue?

Ma mère était une féministe de longue date ; elle était immigrante au Canada. Elle et ses amies ont créé l’Association canadienne pour la naissance naturelle des enfants. Elle prônait et organisait des initiatives militantes chez elle, alors j’ai appris sur le tas grâce à elle et à ses amis. Les femmes avec qui elle travaillait étaient ses meilleures amies jusqu’à sa mort. J’ai profité de ces formidables équipes de femmes et d’hommes qui pensent pareil et qui ont vraiment rendu possible tout le travail que j’ai accompli.

Comment avez-vous commencé votre travail à EQUALITY EFFECT ?

EQUALITY EFFECT a été fondée il y a 11 ans par moi-même et plusieurs amis et collègues du Kenya, du Ghana et du Malawi. Nous avons vu une occasion de travailler en collaboration pour faire avancer les droits des filles et les concrétiser en utilisant la loi telle qu’elle avait été élaborée au Canada, pour le meilleur ou pour le pire, comme pierre angulaire. Nous développons des initiatives qui remettent en cause la réponse de l’État, spécifiquement par rapport à la violence contre les femmes dans le contexte de chacun de ces pays.

Félicitations pour votre Prix des droits de la personne du Barreau. Qu’est-ce que cette reconnaissance signifie pour vous ?

Cela signifie deux choses. C’est d’abord une reconnaissance inestimable du travail unique que j’ai accompli tout au long de ma carrière, à savoir une pratique juridique en équipe. Depuis le tout début de ma carrière, à la faculté de droit de Queen’s, puis en tant qu’étudiante stagiaire à la Commission des droits de la personne, j’ai toujours travaillé en collaboration et aujourd’hui avec des experts interdisciplinaires en droits de la personne de EQUALITY EFFECT. Je pense que ce prix est une reconnaissance de cette approche novatrice et unique du droit. Cela semble un peu cliché, mais tout le travail que j’ai accompli et le succès que nous avons connu – qu’il s’agisse de la thalidomide, des droits des peuples autochtones ou de la violence à l’égard des femmes – reposent sur le travail d’équipe. Et ce sont toutes des équipes pro bono ; un réseau de personnes extrêmement généreuses qui ont rendu ce travail possible. Recevoir ce prix du Barreau constitue aussi un cadeau formidable et une expression de reconnaissance pour tous les membres de l’équipe qui ont donné généreusement de leur temps pour faire une différence.

Ça prend un village… ?

Tout à fait. L’humour, l’énergie positive et la collaboration enthousiaste rendent tout cela si intéressant, surtout parce que dans ce travail, vous voyez tous les visages de l’humanité. Le travail que je fais au Kenya, qui vise à mettre un terme à l’impunité pour le viol de petites filles et à exposer des hommes violant des fillettes de trois mois, expose un visage extrême du comportement humain. Puis, à l’autre extrême, nous trouvons des bailleurs de fonds, des travailleurs sociaux, des policiers, des avocats spécialisés dans la défense des droits de la personne et tous les membres de notre équipe qui apportent un soutien aussi réconfortant que généreux. Cela rétablit un certain équilibre par rapport à cette négativité extrême à laquelle vous êtes exposé.

Dirigeants du club de justice de Mombasa

Que pensez-vous de l’état actuel de la défense des droits de la personne et du travail humanitaire international ?

On pourrait se sentir dépassé et découragé face aux nombreux défis, mais je pense que c’est aussi une occasion de faire preuve de vigilance. Il y a un risque que les plus vulnérables soient abandonnés et ignorés pendant les périodes difficiles, ce qui me pousse encore plus à mettre l’accent sur la nécessité de protéger et de préserver les droits des petites filles, par exemple. Grâce à l’approche interdisciplinaire collaborative utilisée par EQUALITY EFFECT, nous avons la possibilité de progresser sur ce front. Cela semble encore une fois un peu cliché, mais les jeunes avec qui nous travaillons sont si incroyablement énergiques, déterminés et inspirés dans leur engagement à respecter et à faire progresser les droits de la personne qu’il semble tout simplement impossible d’envisager d’autres options.

Que diriez-vous aux avocats et aux parajuristes intéressés par la défense des droits de la personne ?

Dans notre vie quotidienne, nous avons des occasions de faire une différence. Je pense aux dirigeants de nos clubs de justice au Kenya, qui s’engagent au quotidien et agissent de leur propre initiative une fois qu’ils ont l’information et la formation relatives à leurs droits. Ils n’ont pas peur. J’encourage les gens à prendre leur sort entre leurs mains, à prendre la même initiative et à savoir qu’ils peuvent faire une différence. Je pense que si au Kenya des filles de 12 ans peuvent se défendre contre des agresseurs sexuels et chercher justice, tout le monde peut le faire. Je pense que la satisfaction de contribuer à quelque chose qui vous passionne est tellement bénéfique pour l’âme que je le recommande vivement, particulièrement de nos jours.

Me Fiona Sampson recevra son prix lors d’une cérémonie spéciale à Osgoode Hall le mercredi 27 février. Pour plus de détails sur cet évènement public, veuillez cliquer ici.